VOIX DE FEMMES

Comment la biphobie affecte

mon quotidien

Texte de Marie-Danièle

Crédits photo: Nathan Rubert

** Ce texte est publié simultanément en date du 15 novembre 2017 sur Je suis féministe et sur le site du RLQ dans le cadre d’une nouvelle collaboration. **

 

Ayant été en couple avec des filles durant toute mon adolescence, j’ai « sauté la clôture » vers le début de la vingtaine avec celui qui est aujourd’hui mon époux et j’ai abandonné l’identification lesbienne quelques années plus tard. Pourquoi ce décalage ? Outre le fait que j’avais l’impression qu’on me collait l’étiquette « straight » en travers de la gorge, j’avais du mal à expliquer mon amour du mot «lesbienne» pour me qualifier. Aujourd’hui, alors qu’une de mes amies très proche vit la même chose, je comprends mieux ce qui s’est produit, et je veux vous parler de biphobie.

Bien sûr, j’étais déjà alerte sur quelques phénomènes de biphobie ordinaire. Le fait que les nouvelles personnes que je rencontre me présument toujours hétérosexuelle et encore davantage lorsque j’affiche ma relation avec un homme, par exemple. Le fait qu’on me demande inévitablement pourquoi je précise toujours que je ne suis pas hétérosexuelle, aussi. Le fait qu’on me voit comme « quelqu’une qui cherche de l’attention » quand je parle de mon attirance envers des femmes ou de mon « ancienne vie de lesbienne », t’sais. Paradoxalement, le fait qu’on dise toujours dans ma face que « oui, mais vous, les bi, vous n’êtes pas visibles/affiché.e.s ». Sérieux ?

Bref, tout un tas de microagressions.

Aujourd’hui, je me rends compte que mon petit feeling intérieur de « perdre ma culture » et de ne plus être vue pour qui je suis n’était finalement pas si niaiseux, malgré ce qu’on me disait pour me faire taire. Être lesbienne, ça vient avec des codes et une appartenance à une ou des communautés. Bien sûr, on est libres de ne pas les suivre. Libres de ne pas « se tenir dans le Village et s’afficher à chaque instant », mais il reste qu’on est incluse dans quelque chose.

Quand on se met à fréquenter un garçon, on se sent comme une paria. Comme une traitre qui a choisi la facilité. C’est l’image que les communautés lesbiennes et gays* construisent de nous. On se sent aussi dégueulasse ou loser « d’avoir abdiquée », surtout si notre fréquentation ou les gens autour de nous nous font des blagues du style « tu vois, t’as enfin trouver la bonne queue ! », «je t’ai convertie grâce à mon magic wand » ou bien « bon, ta passe est finie ». Like, really ?

Sentir le soulagement de certaines personnes, aussi. Que ce soit les parents, les ami.e.s straights ou les collègues qui sont ENFIN à l’aise de ne plus avoir à nous entendre parler d’une relation homosexuelle ou qui sont maintenant très enthousiastes de nous voir dans une relation hétéro. On a beau être heureuse avec le nouveau petit ami, ça blesse droit au cœur de recevoir ces réactions.

On a peu de place pour en parler. On sent qu’on va paraître niaiseuse ou capricieuse d’être blessée de la joie de certain.e.s de nous accueillir « parmi les straights » et de ne plus être « dans la gang » des « plus marginalisées ». Être lesbienne, ce n’est pas tout rose, pourquoi voudrait-on être dans cette communauté plutôt qu’entre deux chaises ? Pourquoi refuse-t-on d’être hétérosexuelle, au sommet de la pyramide des privilèges d’orientation ?

C’est dur à dire. Pour moi, c’est renier qui je suis que de ne pas afficher que je ne suis pas hétéro. Mon orientation est beaucoup reliée à mon sentiment d’appartenance à des communautés dans lesquelles je me sens bien, dont j’adore les codes, auxquelles je m’identifie. Anyway, je ne sais pas ce que c’est que d’être hétéro. Je n’ai jamais cru l’être. J’ai l’impression de vivre un gros mensonge quand je laisse les gens me percevoir ainsi.

Je ne sais pas si les bisexuel.le.s ont une culture propre, mais je crois que nous avons besoin de plus d’espaces pour nous retrouver et échanger. De milieux où on n’aura pas peur d’être rejeté par une date du même genre parce qu’on a déjà vécu une relation hétéro. Après tout, beaucoup de lesbiennes rejettent les femmes qui ont déjà couché avec des hommes (surtout s’ils étaient cisgenres) et qui ont aimé l’expérience. D’autres tiennent des soirées « pour lesbiennes » et disent ne pas pouvoir « parler pour les bisexuelles » et qu’on « devrait se créer nos propres espaces ». Ne pas pouvoir parler pour nous, je comprends… mais est-ce que ça s’étend à ne pas nous prendre en compte quand on parle de soirées et de production de matériel culturel «pour les femmes qui aiment les femmes» ? Est-on invisibles ou lépreuses (on a touché un pénis**, tsé ) à ce point ?

C’est triste, mais tout comme être lgb ou q ne garantit pas de ne pas être transphobe, la biphobie rôde également dans nos communautés et nous devons en prendre conscience afin de la déconstruire. En attendant, j’espère que nous pourrons nous retrouver entre nous pour nous sentir légitimes dans nos paroles et nos vécus. À toustes les bisexuel.l.e.s et les pansexuel.le.s : je vous aime!

MD

*J’ai volontairement écris «gays» pour bien faire la distinction entre les communautés d’hommes gays et les communautés gaies qui inclus et invisibilisent couramment les lesbiennes.

**Je ne vous fais pas dire à quel point le problème de certaines lesbiennes avec les pénis est ciscentriste et cissexiste.



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Résumé de la Conférence sur les droits humains LGBTTIQA2S

Du 15 au 17 Août 2017

Texte de Leanne Letourneau

 

La conférence LGBTTIQA2S sur les droits humains a duré trois jours avec plusieurs conférenciers principaux, des panels et des ateliers. Il fut impossible d'assister à toutes les conférences et certaines d'entres elles se concentraient davantage sur des histoires personnelles. Par conséquent, dans ce résumé, je décrirai les idées majeures/idées/suggestions émanant des conférences, en ciblant les problématiques spécifiques discutées dans les conférences auxquelles j’ai assisté.

Tout d'abord, en ce qui concerne le mot « lesbienne », il n'a pas souvent été utilisé. Cependant, je ne pense pas que ce soit uniquement lié à l'invisibilité lesbienne, mais aussi imputable aux multiples façons dont les femmes de la diversité sexuelle s’identifient, sans oublier les connotations négatives associées au mot lesbienne. Par exemple, une femme a spécifiquement mentionné le mot « lesbienne », suivi de cette déclaration: «Et par lesbiennes, je veux dire les lesbiennes blanches et de classe moyenne». S’il y avait beaucoup de conférencières femmes lors des conférences, très peu s’identifiaient en tant que lesbienne.

En outre, la lutte menée contre la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle dépasse largement cette unique forme d’oppression, en regard d’une approche plus intersectorielle qui reconnaît que nous sommes plus que des femmes ou des lesbiennes, mais que nous sommes des femmes de la diversité sexuelle aux horizons et parcours socio-économiques/culturels différents, ce qui a nécessairement une incidence sur nos expériences en tant que femme de la diversité sexuelle. Lutter contre la discrimination et pour la visibilité, nécessite la reconnaissance et la compréhension de la manière dont ces intersections ont une incidence sur nos expériences. Par exemple, de nombreux orateurs - y compris l'une des principales, Sirma Bilge - ont souligné l'importance de pouvoir être reconnue en tant que personne, de par la globalité de ses expériences, et valorisée sans racisme ou sexisme, et surtout, où l'on peut s’affirmer en tant que femme, féministe, personne de couleur, et queer, sans désigner ni prioriser aucune de ces identités. Beaucoup d'orateurs ont souligné le fait qu'ils se sentent davantage inclus et confortables quand leurs diverses identités ne sont pas en conflit les unes avec les autres et lorsqu’elles ont l'espace nécessaire pour être elles-mêmes. Cela nécessite d’aller au-delà de la diversité; une façon symbolique de dire que nous avons certains groupes représentés dans notre organisation, puis «vérifier cette case», pour constater une véritable inclusion. Au lieu de cela, nous devons créer des espaces où les solutions sont réunies, nous devons permettre les silences afin que les voix puissent être entendues. En ce sens, en tant que leaders, nous devons reconnaître nos rôles et nos responsabilités.

L'inclusion n'est pas la même chose que la diversité, c’est plutôt, comme expliqué par l’un des orateurs, une notion qui doit être perçue comme un désir. Les organisations et les militants doivent désirer être inclusifs, plutôt que «diversifiés». L'inclusion implique de constater les déséquilibres de pouvoirs et la façon dont les différentes personnes dans le monde y répondent. Il s'agit d'examiner les barrières qui excluent les groupes marginalisés et questionner le fait que certains groupes soient absents. Il ne s'agit pas de dire que nous devons inclure davantage de groupes marginalisés, mais plutôt de leur offrir un espace leur permettant d'être eux-mêmes, d'avoir une voix et de les écouter. L'inclusion signifie non seulement d’écouter ce qui est véhiculé, mais entendre les non-dits. Et l'inclusion signifie aussi de se remettre en question, lorsque nécessaire. Il s'agit d'utiliser ce privilège d'élever notre voix, afin que nous puissions apporter notre soutien aux personnes plus marginalisées et donner l'espace à ces personnes afin qu'elles puissent être entendues.

Une autre idée exprimée lors de la conférence est la déclaration que « personne n'est égal jusqu'à ce que nous soyons tous égaux ». Cela s'étend au-delà même d'une approche nationale des droits humains LGBTQ +, à une approche plus globale, où nous pensons à la discrimination LGBTQ + à l'échelle mondiale, afin de trouver des solutions. On a souligné combien il est important d'envisager les relations internationales, l'économie, le logement, les soins de santé, la politique, ainsi que bien d’autres sphères socio-économiques, car tous ces facteurs influent sur le vécu des LGBTQ +. Cela a un impact sur l'accès au système de santé et aux services sociaux qui, pour beaucoup, est inaccessible ou difficile d’accès en raison de leur orientation sexuelle / identité de genre. Nous devons prendre en considération la réalité socio-économique, parce que non seulement beaucoup de gens ne peuvent se permettre l’accès aux soins de santé, mais aussi parce que vivre dans la pauvreté ou avec un revenu moindre, affecte de nombreux aspects de la vie, y compris ceux vécus au quotidien (milieu de travail, logement, relations avec les proches, etc.)

Nous devons aussi avoir une perspective globale et internationale, au même titre que dans la sphère privée, sans oublier de considérer l'environnement politique. Par exemple, avec le président actuel des États-Unis, les relations avec d'autres pays concernant la protection de la communauté LGBTQ + - telles que les pays d'Afrique ou d’autres pays qui comptent sur les États-Unis pour leur offrir support et protection - sont soit houleuses ou carrément inexistantes. Lors des administrations présidentielles antérieures, même si des violations des droits humais furent commises à l’étranger, il existait une forme de protection parce que le gouvernement américain appliquait des sanctions. Cependant, avec la situation actuelle, il n'y a pas de sanctions, ce qui ajoute un climat de dangerosité dans certains endroits dans le monde. Il a été souligné que les organisations LGBTQ + du monde entier, doivent intensifier leurs actions et parler haut et fort au nom de ceux qui ne peuvent le faire, afin qu’ils ne sombrent pas dans l’invisibilité, car pour plusieurs, cette invisibilité devient synonyme de mort. Les États-Unis ont été un allié puissant, surtout sous la gouvernance du président Obama, et maintenant il n'y a plus de soutien du gouvernement américain pour ces communautés LGBTQ +.

Enfin, un autre thème récurrent abordé lors des conférences, fut l’impact de la colonisation sur les communautés LGBTQ +. Dans de nombreuses régions du monde, y compris au Canada et dans nos populations autochtones et bi-spirituelles, les relations de même sexe n'étaient pas considérées comme problématiques, avant la colonisation. Les Autochtones n'ont jamais eu le binaire hommes-femmes, et pour cette raison, il n'y avait aucun problème d'orientation sexuelle. Les personnes bi-spirituelles étaient considérées comme sacrées jusqu'à leur colonisation, où le christianisme fut introduit. La plupart, sinon toutes les lois qui criminalisent les personnes LGBTQ + dans d'autres pays, ont été introduites par les Britanniques lors de la colonisation. Les lois ont changé au fil des ans, pour s'étendre à des peines plus sévères et ce, jusqu’à l’inclusion des femmes de la diversité sexuelle. Bien que nous vivons supposément dans un monde «postcolonial », l'héritage du colonialisme se perpétue. Ceci est important à considérer, non seulement à l’international, mais pour nous, au Canada, dans nos propres populations.

Le Canada a de nombreux réfugiés LGBTQ + provenant de pays qui criminalisent l'homosexualité. Ces réfugiés ont quitté leurs maisons et leurs cultures pour sauver leurs vies. Ils ont été traumatisés dans leur pays d'origine, et parfois même dans leur pays d'asile. Le viol correctif est une problématique récurrente dans de nombreux pays, de même que d'autres formes d'abus et de torture. La police et autres fonctionnaires, rarement des alliés, se retrouvent plus souvent qu’autrement dans le camp ennemi. Il a été souligné par beaucoup que malgré leur sécurité au Canada, ils ne se sentent pas les bienvenus, ils n'ont pas l'impression qu’ils y sont chez-eux. Ils ont échappé aux dangers rencontrés dans leur pays d’origine, pour être accueillis dans une société raciste et xénophobe, où ils sont racisés et victimes de préjugés, puis de nouveau criminalisés à cause de cela. Un conférencier à d’ailleurs mentionné qu’il était presque plus facile de vivre dans leur propre pays en cachant leur orientation sexuelle, que de faire face à divers degrés de haine au quotidien, et ce, y compris dans la communauté LGBTQ +. Même ceux ayant une famille au Canada, ont souvent l'impression de ne pas y être les bienvenus. Par exemple, dans une étude qui a examiné l'islamophobie et l'homophobie, les répondants ont indiqué que, même dans la communauté LGBTQ +, ils ne se sentent pas les bienvenus parce qu'ils sont «différents» et sont confrontés au racisme et à l'islamophobie. Dans leur communauté d'origine (communauté musulmane), ils ressentent souvent le besoin de garder une distance, filtrer leurs associations, craignant de blesser leurs familles et / ou de quitter leur religion. Dans la société en général, ils sont confrontés au racisme et à l'islamophobie même s'ils sont acceptés pour leur orientation sexuelle / l'identité de genre. Il n'y a pas d'endroit où ils se sentent complètement accueillis. Ceci était une préoccupation commune, non seulement pour les individus musulmans LGBTQ +, mais pour tous les orateurs issus de communautés marginalisées, en particulier les LGBTQ + de couleur.

Le directeur exécutif d'Egale Canada a déclaré que la légalisation du mariage homosexuel n'est pas une mesure des droits humains, et, comme l'a démontré cette série de conférence, il reste encore beaucoup de travail à accomplir et plusieurs problématiques se doivent d’êtres débattues. Nous devons voir au-delà du «droit de se marier» pour reconnaître le rôle que nous avons dans la promotion de ces problèmes, en luttant pour ces questions afin que nous puissions tous être égaux. Comme cela a été répété plusieurs fois tout au long de ces journées de conférences, nous ne sommes pas égaux jusqu'à ce que nous soyons TOUS égaux. L'un des panelistes de la conférence sur la bi-spiritualité a suggéré qu'une façon d'envisager l'accomplissement de cette tâche, est par ce qu'on appelle « les enseignements de sept générations ». Le récit affirme que, par le passé, il y a de cela sept générations, les décisions étaient prises en pensant à la manière dont ces décisions affecteraient la vie de ceux qui vivraient les sept générations. Ils ont pris ces décisions sans rien savoir du futur ou de ce que serait la vie de ces gens dans le futur, mais dans l'espoir que leurs décisions rendraient le monde meilleur pour l'avenir. Nous devons voir au-delà de nous-mêmes et de ce que nous pensons qu'il est important maintenant, afin de penser aux générations futures. Nous devons nous rappeler que ce que nous faisons aujourd'hui aura un impact demain. La colonisation a introduit l'homophobie dans le monde entier par le biais de lois qui criminalisent les actes de même sexe et par le christianisme. En conséquence, il existe encore de nombreux pays où les gens sont criminalisés, certains étant même condamnés à mort. Ceci est nécessairement le résultat de la domination britannique, un impact qui a eu des effets néfastes sur la communauté LGBTQ +. Est-ce que nous désirons avoir ce genre d'impact pour les sept prochaines générations, ou désirons-nous l'égalité pour tous? C'est à nous de décider du sort du monde dans lequel nous vivons et celui que nous désirons créer. Ce n'est qu'en travaillant, ensemble, de façon solidaire, que cela peut être accompli.

(Traduit de l’anglais par Julie Vaillancourt) 

Le Réseau des lesbiennes du Québec - Quebec Lesbian Network est un organisme à but non-lucratif de défense des droits des lesbiennes du Québec. Nous sommes le seul organisme de défense de droits s'adressant exclusivement aux lesbiennes québécoises. Nous avons le mandat de représenter toutes les lesbiennes de toutes religions, tous âges, toutes situations professionnelles, toutes réalités économiques, de toutes origines, avec ou sans handicap, dans les grands centres ou en région. Notre représentation se fait autant au niveau politique que terrain.


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